La folie et les anges (1)

 


J’entends venir les anges aux blouses blanches

 

Mes yeux voient tout
Je lis dans chaque geste suspendu
Leurs craintes, leurs fuites et leurs lâchetés

J’entends tous les silences qu’ils s’imposent
Pour rien. Aucun mensonge ne m’abuse
Sur le diagnostic masqué par les ruses
Et l’air empesté des atroces poses

J’ai expliqué leurs comment, leurs pourquoi
En vain. Dans mon dos ils nient, entêtés
Et si je crie au vent leur vérité
Ils s’écartent, pensent non disent oui, ploient

Leurs yeux disent tout
Dans les pupilles, le décompte est tendu
Des heures restant jusqu’à la curée

Je suis l’aliénée…
J’entends venir les anges aux blouses blanches.

 

Tang Loaëc

 


La folie et les anges (2)

 

Le saut de l'ange

 

J’avais une tour, étincelante et vitrée
Au milieu des buildings, de néon éclairée
Je m’y suis ennuyé

Les yeux dans les étoiles
Courir plus vite, plus fort
Et sauter

Le vent s’engouffre dans les voiles
Ouvrir les bras, prendre un essor
Et voler

Dans ma tour, j’avais des suivants, des protégés,
Admiratifs et envieux, voulant m’égaler
Je les ai quittés

La place était libre, ils s’y sont rués
Ils n’ont pas compris, ils ont juste profité
Je m’en suis allé

Là haut sur la falaise
Comme un oiseau, comme un ange
J’ai plongé

Fou aux yeux de braise
Ivre de beau, courant l’étrange
J’ai rêvé

Danseur des nuées, danseur au-dessus des rochers
Loin des néons, rayonnant, de beauté épuisé
J’ai vibré

Leurres perdus…
Liberté retrouvée

Tang Loaëc

 


La folie et les anges (3)

 

Je n'ai toujours pas vu d'anges

 

Je suis sorti aujourd’hui et je n’ai pas vu d’anges.

J’ai choisi chaque jour
Les levers à contrecœur
Pétri de mes rancoeurs.

J’ai pris un métro, une voiture, un bus et je n’ai pas vu d’ange
Mon regard était tourné vers le bitume, la boue, la fange.

C’est grisaille toujours
Sur les bien trop long rails
Ennui, raison, travail.

Au terme du trajet, un parking, une mine, une machine,
Des formes et des formulaires, des combines, des débines,

J’ai choisi de ne pas vivre
J’ai choisi de ne rien dire
J’ai choisi de ne pas guérir
J’ai choisi de ne pas choisir

Et jamais l’espoir
Sauf sur un ticket à gratter,
Et jamais les rêves
Sauf sur écran télé, à consommer.

Je suis vous
Je suis fou

Je suis rentré ce soir, je n’ai toujours pas vu d’ange.

 

Tang Loaëc